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ÊTRE GALERISTE EN RÉGION DESTINATION : LILLE LE TÉMOIGNAGE DE CÉDRIC BACQUEVILLE

Profession galeristes

C’est une évidence de le dire, mais il n’y a pas que les grandes capitales européennes ou mondiales pour implanter sa galerie. Cédric Bacqueville a choisi Lille et son quartier historique cossu comme terrain d’actions artistiques – sous la forme démultipliée d’un double espace galerie et d’un atelier de production –, une ville au carrefour de l’Europe dont l’offre en art contemporain reste à développer.

Extrait.

Quand êtes-vous devenu galeriste et pourquoi à Lille ?

Je vais commencer très en amont : j’ai arrêté l’école à 16 ans, un vrai parcours d’autodidacte, j’ai débuté dans une galerie dans laquelle il y avait un atelier d’encadrement. Je m’occupais de la restauration et de la conservation des œuvres. Suite à cela, j’ai rencontré la galerie attenante, j’étais là par hasard, avec mon tablier, et j’ai fait la connaissance d’une collectionneuse. Cette jeune femme – qui portait un turban sur la tête, elle était manifestement malade –, m’a beaucoup touché. Je ne pouvais pas faire mieux que de lui vendre cette toile avec mon cœur, parce que je la voulais mais n’avais pas su me l’offrir. J’avais trouvé magique de pouvoir véhiculer une valeur totalement irrationnelle, c’est-à-dire une émotion. Et moi qui étais sensible au commerce, je passais de l’autre côté.

Suite à cela, j’ai décidé de devenir galeriste à 18 ans. Mais je ne pouvais pas le faire, n’ayant pas de moyens, ni de fichier clients. J’ai demandé un congé de création d’entreprise et pendant ce congé j’ai essayé de trouver des fonds et j’ai tenté le prix Défi jeunes, en calquant le modèle économique de cette galerie-atelier. J’ai décroché ce prix, avec une assez belle somme d’argent, 20 ou 30 000€.

En 2003, je me suis retrouvé télé-porté à Roncq et je me suis dit : «Si les gens ne viennent pas à nous, nous irons à eux. » Ce fut la première règle : démarcher, démarcher et démarcher.

J’ai trouvé un nouveau local à Lille pour installer la galerie et, quelques mois plus tard, l’atelier, dans la même rue à quelques mètres, où un chef d’atelier encadre autant pour les artistes que pour les collectionneurs. Cela fait six ans et, maintenant, une nouvelle étape pour l’atelier avec sa transformation en espace galerie. La production continuera dans un nouveau lieu. La croissance me motive.

Vous cherchiez spécifiquement dans le quartier du Vieux-Lille ?

Oui, c’est un choix intentionnel, parce qu’il est à proximité des gares. Lille est au centre de l’Europe. C’est un carrefour magique. Lille 2004 a été porteur de beaucoup de projets. Je ne me voyais pas habiter à Paris à titre personnel. J’adore y aller, mais je me sens oppressé, englouti par la ville.

On crée des événements pendant Art Brussels, par exemple. On fait le vernissage le même soir que la foire, parce qu’on sait que les gens qui viennent de Paris pour s’y rendre peuvent faire un stop d’une demi-heure ici et reprendre le train. En se mettant sur le chemin des collectionneurs, on peut les arrêter.

Quels sont les avantages à exercer ici ?

On peut être «premier de la classe» dans une petite ville comme ici, sortir du lot et se faire repérer. À Paris, ce serait plus difficile. Il y a tellement de galeries en enfilade dans un même quartier. Le fait d’être en province et de ne pas avoir accès à toutes ces grandes expositions au quotidien évite la lassitude. Je suis émerveillé quand je viens à Paris. Et cette effervescence, on a envie de la créer. Ici à Lille, tout reste à faire. C’est un des plus grands avantages. Il n’y a pas de musée d’art contemporain. Un jour, peut-être qu’on pourra contribuer à en fonder un. Il n’y a pas encore de synergie entre les foires, Lille 3000 et le musée des Beaux-Arts. Ce sont des événements qui éclosent comme ça, mais de manière très isolée. Il n’y a pas d’agenda. Tout peut encore être fait. Il faut vivre de rêves et ce rêve-là sera toujours présent, j’essaierai d’apporter un maximum pour l’art contemporain sur la région.

En tant que jeune galeriste en région, avez-vous trouvé une stabilité économique ?

Jamais ! Elle sera toujours à construire, parce que tout ce qui est gagné est réinvesti à chaque fois. Pour un stand sur une foire comme Art Paris, il faut que je vende trois fois son prix avant de pouvoir gagner un euro. Avec un petit stand comme le nôtre, les frais de transport et autres, on n’est pas loin de 30 000€, donc à partir de 90 000€, on gagne un tiers de ce qu’on vend, dont il reste à déduire les charges de production. Il faut donc beaucoup travailler jusqu’à la prochaine foire. On vise toujours plus haut. Les foires sont indispensables ; 60 000 visiteurs qui viennent pour parler d’art, on n’en voit pas autant sur une année à la galerie.

Montage, Art Paris, 2017. Jan Van Munster à droite, Cédric Bacqueville à gauche.

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