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être galeriste sans galerie ?

Le témoignage d'Hervé Perdriolle, galeriste en appartement

En janvier dernier, on apprenait que Nicole Klagsbrun participera à la prochaine Frieze New York qui se tiendra début mai. Détail non négligeable : la galeriste new yorkaise n’a plus de galerie, de lieu physique accueillant amateurs éclairés et collectionneurs. Une évolution qui peut prêter à réfléchir.

Depuis huit ans, le galeriste en appartement Hervé Perdriolle, fait partie de ces cas d’exception. Pour décrire son quotidien, il nous reçoit dans son chez lui parisien, au milieu des œuvres fourmillant aux murs.

(extrait)

N’est-il pas problématique de mêler lieu de travail et vie privée ?

Si, bien sûr, mais quand on a une galerie sur rue, ça n’est pas parce qu’on la quitte à 19h que le boulot s’arrête ! C’est même agréable parce que je vis avec les œuvres en permanence. Cela me permet de voir ce qui tient ou pas en termes d’accrochage. Et puis ça tourne constamment parce qu’il y a des ventes, et puis pour son propre plaisir et celui des autres.

Le point négatif évidemment, c’est le manque de passage, donc de découverte, de surprise pour le visiteur. Et les atouts évidents sont la recréation d’un univers, le fait de ne pas avoir un lieu aseptisé mais un lieu vivant.

Quelles stratégies mettez-vous en place pour attirer les collectionneurs ?

Comme pour toutes les galeries, il y a des collectionneurs fidèles. Aussi, une fois tous les deux mois, j’organise des portes ouvertes. J’informe par newsletters, mailing aux collectionneurs et d’autres réseaux, comme des collectifs de collectionneurs ou amateurs d’art, tels que Culturesecrets ou Follow art with me, pour lesquels on organise des soirées mutuelles, où sur le même principe, je parle des artistes, de mon parcours, on boit un verre… J’ai entre 4 et 5 visites par semaine et des groupes de 15 à 20 personnes par mois.

Êtes-vous bien identifié par le milieu de l’art contemporain ?

Oui, parce que je faisais régulièrement des foires. J’ai fait Art Paris, Drawing Now, la YIA, l’Outsider Art Fair à New York… Pour les collectionneurs, je suis tout aussi marchand que les autres. Mais je suis obligé d’en passer par les foires. Peut-être moins ces dernières années, parce qu’il y a une multiplication de salons. Le marché de l’art est un gâteau. Il y a des parts, et plus il y a de foires et plus les parts sont petites.

Les salons coûtent très cher, beaucoup trop cher, c’est aberrant en quelque sorte. Parce que pour toutes les galeries de mon importance – et il y en a un certaine nombre –, on ne vend pas les artistes à 10, 20 ou 50 000 € mais plutôt entre 3 000 et 4 000 €. Alors pour amortir le coût du stand, c’est colossal. À Art Paris, je présentais des choses liées à mon passé de la Figuration libre et des photos du street artiste Seth. J’ai très bien vendu. Mais une fois payés les tirages, les cadres, et l’artiste, on ne couvre même pas le coût du stand (environ 25 000 €).

L’Outsider Art Fair par exemple, est beaucoup moins chère que les foires françaises (de 5 à 8 000 €) et même si les stands sont plus petits, c’est largement suffisant. On se dit qu’à ce prix, les bénéfices doivent être considérables. J’ai pas mal d’amis qui ont levé les pieds sur les salons. Il y a des cycles. Les collectionneurs voulaient absolument passer par les foires, voir des panoramas internationaux et faire leur choix sur la journée. Maintenant, ils en reviennent à vouloir des relations privilégiées avec une galerie, plutôt qu’à voir toujours la même chose dans les foires.

Votre configuration ne rend-elle pas finalement les relations plus saines avec les acheteurs ?

Oui. Je n’ai que des collectionneurs passionnés, qui s’intéressent aux marges et pas aux produits bankable. Ça restreint le champ mais on en revient aux bases. J’ai un noyau dur qui se compte sur les doigts de la main, et une cinquantaine de personnes qui achète de temps en temps.

Et économiquement, n’est-ce pas plus simple de ne pas avoir de local commercial à louer dans les quartiers dédiés ?

Oui, mais même si l’on a une galerie en appartement, il faut avoir un beau lieu ! J’ai un 100m² dans le 5e, ça n’est pas donné non plus. Mais c’est dans tous les cas moins chers que si j’avais un espace, encore moins cher parce que j’y dors ! Mais je n’ai pas le même passage, ni la possibilité de louer pendant la fashion week (qui finance quand même 3 à 4 mois de loyer) !

© galerie Hervé Perdriolle

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