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« L'école d'art tend à permettre l'émancipation du sujet et je fais le pari que notre société va vraiment avoir besoin de jeunes adultes émancipés. »

Pierre Oudart fait sa deuxième rentrée en tant que directeur à l’école supérieure d’art et de design marseille- méditerranée (ESADMM). Cet ancien collaborateur de catherine tasca, passé par la DGLFLF, le CNC, la DRAC Île-de-France, le CNAP et la DGCA, nous parle de son changement de cap, de ses étudiants, des conditions de vie des artistes et de politique culturelle, avec finesse et engagement.

Extrait de l'article de Novembre 2018.

Quels étaient vos objectifs de départ en postulant à marseille ?

« Ce qui m'importe humainement avant tout, c'est la diversité sociale. »

Je suis préoccupé par cela en tant que citoyen. Pourquoi les écoles d’art seraient des écoles de la petite bourgeoi- sie ? C’est un enjeu pour un territoire comme Marseille, où l’on compte les quartiers parmi les plus défavorisés d’Europe. J’aimerais qu’on devienne « l’école d’art des pauvres ».

Ensuite, l’autre boussole, c’est être contemporain. Mais pas en référence à l’art contemporain. Je reprendrai une formule d’un de nos enseignants : « Il faut être à la hauteur du moment. »

Les derniers recrutements à la tête des écoles d’art montrent une pluridisciplinarité qui résonne avec celle des étudiants en art aujourd’hui, qui touchent à toutes les pratiques : danse, musique, etc.

(...) L’autre point que j’avais d’ailleurs posé en arrivant à Marseille, c’est de s’inspirer du Black Mountain College.

(...) Tout cela reste à inventer. Dans le petit livret d’études que j’ai rédigé, je cite l’artiste Arnaud Labelle-Rojoux qui dit : « Nous ne sommes plus au début des années 1970, encore moins dans les années 1950, mais l’idée de repenser aujourd’hui le fonctionnement des écoles d’art et l’enjeu de leur existence dans le contexte normatif du moment n’a jamais été aussi impérieux. »

Les écoles d’art sont des lieux pauvres avec des pauvres. C’est la réalité économique des artistes plasticiens, et celle des jeunes est encore pire. Si l’on ne considère l’économie de l’art que par le marché de l’art, il y a un cluster de l’art contemporain qui est Paris et, désormais, la proche banlieue avec des exemples comme Gagosian et Ropac, le CNAP à Pantin. Il y avait plus de galeries en région dans les années 1980 qu’il n’y en a aujourd’hui. Le marché de l’art s’est mondialisé et s’est concentré, et les artistes ont dû se débrouiller autrement.

« Heureusement, l’économie de l’art n’est pas que le marché de l’art.

(...) Quand on sort de l’école, c’est toujours le saut dans le vide, mais il n’y a pas la nécessité d’aller à Paris. Je dirais même : surtout pas ! Aller à Paris, le plus souvent, c’est devenir, au mieux, assistant de galerie et, au bout de cinq ans, on abandonne toute idée de pratique artistique. Je le constatais lorsque j’étais à la DRAC Île- de-France : Paris et l’Île-de-France ne sont en aucune façon un eldorado pour les artistes. C’est beaucoup plus facile de maintenir une pratique artistique ailleurs qu’à Paris.

« les institutions exposent 30 % d’artistes femmes, on acquiert 30 % d’œuvres de femmes et leurs œuvres sont acquises et vendues 30 % moins cher que celles des hommes. »

À l’ESADMM, nous avons mis en place le dispositif « Travail Travail !! » qui s’adresse surtout aux diplômés. Il faut considérer l’écosystème de l’art, économique ou sociologique, faire en sorte que l’école d’art soit partie prenante de cet écosystème, en étant acteur sur le territoire.

« Il faut accompagner les jeunes dans leur vie professionnelle et le faire au bon moment, pendant et après les études. »

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