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LE WONDER-LIEBERT : le plus pop-up des artist run spaces

LIEU D’ ÉMERGENCE

À l’heure où nous écrivons ces lignes, les artistes du Wonder-Liebert, lieu autogéré situé Porte de Bagnolet à Paris, font sans doute leurs valises pour poursuivre leur aventure collective ailleurs. Mais puisqu’ils ont de la ressource et qu’ils auront probablement déjà trouvé un autre lieu d’ici là, parlons de ce qui fonde l’originalité de leur projet.

« Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse », écrivait Alfred de Musset. Pour les artistes du Wonder-Liebert, qu’importe le lieu, pourvu qu’on ait l’espace. L’espace pour « penser, travailler, jardiner, manger, écouter, résider, démarcher, s’informer », bref, un lieu pour célébrer la création, donner aux artistes les moyens de produire et d’exposer. Forme pop-up depuis ses débuts, basé auparavant dans le quartier des puces de Saint-Ouen (sous le nom de Wonder, dû à son implantation dans l’ancienne usine de piles éponyme), aujourd’hui à Bagnolet (accolé de «Liebert », du nom de l’entreprise dont ils occupent les anciens bureaux depuis décembre dernier), et demain on ne sait où, ce lieu autogéré dynamise depuis ces trois dernières années l’offre artistique en banlieue parisienne.

Un lieu dédié à la sculpture

« C’est un projet qui a commencé en squat à Saint-Ouen, et, à la démolition du site, nous sommes arrivés à Bagnolet. C’était un lieu inoccupé et nous avons négocié avec le promoteur immobilier. En échange de gardiennage et du paiement d’une partie de la taxe foncière (correspondant au coût du bâtiment vide), on a pu investir les lieux en attendant sa démolition en juin », explique Nelson Pernisco, un des neuf membres fondateurs du collectif. Ce ne sont pas moins de 45 artistes qui occupent les 6 étages que compte la tour Liebert, divisés en différents espaces dédiés : une cuisine associative où sont parfois organisés des événements culinaires (avec un chef à la double casquette atypique de cuisto-tatoueur), des studios de musique, des ateliers privatifs, des ateliers collectifs dotés de diverses machines (risographie, lithographie, sérigraphie, presse typo, dorure), ainsi qu’un atelier de production/travail du métal et découpe du bois. Autant de matériels acquis au fur et à mesure, ou partagés directement par certains occupants.

Culture de l'économie de peu

Monté en association loi 1901, le collectif perçoit des cotisations de ses occupants, mais aucune aide extérieure. « Même si on gère de grosses sommes avec l’association, on a très peu de marge pour couvrir nos envies et nos besoins. Tout l’argent est toujours réinvesti. » « On vit avec une économie extrêmement précaire, on est presque tous au RSA. On se répartit les charges, on fait payer en fonction des configurations d’atelier, privatif ou collectif. Nous n’avons pas fait de demande de subvention à la mairie parce qu’on tient à garder notre indépendance», affirme le jeune sculpteur, Nelson Pernisco. «On songe à des financements privés – du type mécénat d’entreprise – pour des expositions. On aimerait financer les artistes pour qu’ils puissent produire de belles pièces. Sur le fonctionnement, notre but est de rester autogéré et d’avoir plus de salariés (en plus de notre administratrice).

Parking Party

Le Wonder-Liebert accueille de nombreux événements artistiques, alliant sculptures, performances et musique, dans un lieu d’exposition pour le moins atypique : le parking extérieur attenant à la tour. « On n’a pas de barrière, les artistes qui ont envie de présenter quelque chose bossent autour de cette idée d’installation de sculptures dans le parking. Ça n’est pas un espace d’exposition classique. On essaie de ne pas reproduire ce qu’on voit à Paris, et de proposer des choses légèrement différentes. Le parking apporte énormément de liberté parce qu’on peut y creuser des trous, faire du feu, tout un tas de choses qu’on ne peut pas faire dans un centre d’art. » « Il y a aussi des inconvénients, des choses avec lesquelles il faut jouer plastiquement, comme les intempéries, le vent, la détérioration des matériaux, etc. », précise le jeune sculpteur, à l’origine de cette voiture à demi enfouie dans le bitume – emblème du Wonder-Liebert – et dont l’habitacle se voit délibérément coloniser par une mauvaise herbe. Les soirs d’exposition, le parking devient un centre d’art à ciel ouvert, accueillant jusqu’à 1 500 personnes. « Il y a des gens du milieu de l’art. On a accueilli le CNEAI, le CNAP… Certains artistes d’ici ayant bien décollé et exposé à l’étranger font connaître notre système un peu partout et ramènent du monde. Les voisins visitent également nos expositions. On a une vraie vie de quartier qui s’est installée avec la rue, une ancienne rue ouvrière où travaillent un garagiste, un ébéniste, ou un métallier. Ce sont des gens formidables qui font partie de notre économie. Sans eux, on aurait du mal à s’en sortir », souligne l’artiste.

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